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Ce qui est mort ne saurait mourir. 💀
🎧 : Bob Dylan - Knockin' On Heaven's Door
Mon frère, mon jumeau,
8 novembre 1997, le jour de notre naissance il faisait -12 C° et le temps était brumeux. J'aurais dû me douter que cela était un signe. La brume, être dans la brume, voilà comment je me sens depuis ton départ. Évidemment j'ai des remords et des regrets. J'aimerais tellement pouvoir reculer dans le temps pour changer les événements.
Je n'ai jamais été douée pour exprimer ce que je ressens, mais si tu savais comme tu me manques... Tu m'as laissée orpheline de toi, on t'a arraché à moi sans me laisser l'occasion de te dire combien je t'aime. J'ai un gros trou dans le cœur que je ne sais comment combler. J'ai l'impression de n'être plus qu'une moitié de quelque chose...
Depuis ton départ tout est difficile… le mode attente est toujours actif, j'attends que le téléphone sonne, j'attends une visite pour recevoir un bisous sur le front en me disant que tu m'aimes… J'attends, j'attends. Des fois, je me surprends à regarder mon téléphone en espérant qu'il sonnera pour y voir ta photo apparaître… Aujourd'hui, je n'entendrai plus le téléphone sonner et je n'entendrai plus ta voix. Le temps efface le meilleur, le son de ta voix, ton odeur, ton visage, nos souvenirs, mais la douleur elle ne disparait jamais...
Il y a plus de 3 ans j'avais déjà compris que n'accepterai jamais ton départ. Aujourd'hui, je suis en mesure de confirmer que vivre sans son jumeau est d'une absurdité. Nous sommes monozygotes, le même œuf, le même placenta, le même sac, nous avons la même mère, le même patrimoine génétique, le même groupe sanguin, une seule âme dans deux corps…
Il paraît que je dois apprendre à vivre en acceptant le changement et que, pour y arriver, je dois éviter de vivre dans le passé. Comment ne pas vivre le présent sans le passé alors qu'un simple miroir, un simple regard me rappelle que je suis un jumeau, à la vie et à la mort. Le monde ne s'est pourtant pas arrêté de tourner pour les autres, alors que pour moi, tout est à l'arrêt, le monde est devenu terne, sans goût ni saveurs, tout ce qui m'entourne n'existe plus. Les gens sont devenus transparents, les problèmes si futiles, mes nuits sont devenues encore plus sombres et pleines de terreur.
Nous nous étions promis étant petits, qu'on était né ensemble, on mourrait ensemble. On disait au Dieu de la mort "pas aujourd'hui". Pourtant tu es parti, sans moi, en tout cas une partie de moi a disparu avec toi, le meilleur coté de ma personne, il ne reste de moi que le mauvais, la colère, la tristesse, la violence de ta mort. On dit que les jumeaux ont un lien inexplicable, que nous sommes capables de ressentir ce que l'autre ressent, même à l'autre bout du monde. C'est vrai, depuis ton départ, je ne ressens qu'un vide, le néant, la noirceur de la mort qui traverse mon âme.
Tu te souviens le jour où un dîner a été tenu pour souligner notre départ dans l'armée ? J'ai retrouvé la carte que tu m'avais remise. Dans cette carte tu commences par une citation d'Ernesto CHÉ Guevara : «Sois toujours capable de ressentir au plus profond de ton cœur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire.»
Et tu ajoutes : «à ma petite sœur que j'adore, que j'admire, à ton audace, ton courage, ta perspicacité et j'en passe sont pour moi indéniables. Tu es MON inspiration. Si j'avais le quart de cette énergie, j'en serais bien heureux. Je t'aime... S.». Je n'ai pourtant pas encore tenu la promesse que je t'ai faite, ma mission n'est toujours pas finit en ce monde, quand je croise le Dieu de la mort, je continue de lui dire "pas aujourd'hui". Je lutte contre ma volonté de te rejoindre, parce que je dois continuer à te faire honneur, à faire vivre ta mémoire, a faire en sorte que ton assassinat ne soit pas vain...
Moi aussi je t'aime mon frère, même si je ne te l'ai pas dit souvent, même si j'ai un caractère réservé, tu étais tout pour moi, tu as été mon modèle, mon soutien, tout ce que je ne suis pas. Calme, réfléchit, avec un sang froid inébranlable, patient, et j'en passe...
Sans toi mes nuits sont sombres et pleines de terreurs, je te retrouverais bientôt, mais "pas aujourd'hui"... 🌙